Quels végétaux dans une maison en Savoie Mont-Blanc ?

Aujourd’hui, le jardin ne se réduit pas à un choix de végétaux. Les propriétaires rêvent d’une création exclusive avec une âme ou une utilité ; un espace refuge à leur image. Deux paysagistes dévoilent quelques conseils afin de bien réussir son jardin en Savoie Mont-Blanc, que l’on dispose d’un petit bout de terrasse en ville ou d’un bel espace en altitude.

TEXTE LORÈNE HERRERO

Le jardin n’est plus seulement une quête d’esthétisme, il doit aussi avoir une utilité, un sens. Dans la période actuelle, il se transforme également en quête existentielle. Avec les évolutions climatiques, on peut bousculer les habitudes. Nous sommes dans une période
de mutation, le changement climatique peut être une belle source d’opportunité pour les jardiniers. La terre est un espace d’expériences et nous pouvons tenter de nouvelles choses. Par exemple, l’arbousier, qui est une plante du Sud, va très bien s’intégrer dans les plaines savoyardes. Je pense également au noisetier, qui peut, maintenant, tout à fait s’adapter à l’altitude », explique Christophe Gonthier.

UN JARDIN UTILE

Les clients souhaitent que leur jardin ne soit pas seulement décoratif, mais qu’il présente aussi une utilité. « On pense au jardin nourricier, celui qui est utile à toutes les espèces, aux humains comme à la faune. Suivant le choix des végétaux,
on peut aider la biodiversité, les oiseaux, les insectes… L’esthétique reste un prérequis, car le premier contact avec
un jardin demeure important. Il y a tout un nouveau choix de végétaux qui s’offre à nous. Cette palette répond au changement climatique tout comme à l’idée du jardin nourricier : le cornouiller (comestible, mellifère), l’arbousier (comestible avec un faible besoin en eau), le cornouiller du Japon (idéal pour les oiseaux, il résiste aux conditions extrêmes), l’arbre à goji (pour ses fameuses baies), l’arbre à miel (qui attire les abeilles et
résiste au froid), l’amélanchier (comestible et très résistant) …
Je pense aussi à la canneberge et au poivre citron ou du Timut (résistant aux conditions extrêmes) qui font leur entrée dans les jardins savoyards. On voit revenir des végétaux, comme le prunus spinosa. C’est une plante à épines considérée inesthétique qui avait été délaissée. Elle revient pour son côté protecteur, car elle sert de refuge à plusieurs espèces. Certaines plantes, comme
le sorbier, vont gagner de l’attitude, car ils demandent plus
de fraîcheur, ce qu’elles ne trouvent plus en plaine », précise Christophe Gonthier.

DES ESPACES VERTS ESSENTIELS

Claire Cholat et Sébastien Riondet travaillent ensemble depuis 26 ans. Ils réalisent avec leur équipe des projets pour trois types de clientèle : particuliers, privés et commande publique. Depuis plusieurs mois, ils ressentent les conséquences du confinement. Des particuliers, ayant un jardin oublié et se trouvant bien chez eux, souhaitent intégrer une construction de piscine à un aménagement paysager.
« Dans nos projets, le végétal et le remodelage du terrain sont très présents. Nous n’imaginons pas de jardin standardisé, mais adapté aux goûts de chacun. Nos clients ont souvent peu d’idées. Nous devons être force de proposition, par exemple pour une piscine, il faut une végétation pas trop gênante pour l’eau (au niveau des feuillages). On essaye d’ajouter de la couleur, sans trop d’exotisme. Nous privilégions les végétaux de la région résistant au climat : charmille, pin, conifère… Un aménagement réussi,
c’est un aménagement qui s’intègre à la nature environnante.
Un jardin doit apporter une intimité propice au bien-être, en évitant de trop enfermer le jardin dans un effet cocooning. L’idée est de cacher les vues contraignantes et de préserver celles qui sont intéressantes. La réussite d’un jardin, c’est aussi l’entretien, celui que les propriétaires vont faire après notre aménagement », indiquent les deux collaborateurs.

UN EFFET COSY POUR TOUTES LES SURFACES DE JARDIN

On peut aménager toutes les surfaces, même les plus petites.
« On peut créer un effet cosy même sur un balcon ou une terrasse.
En plaine, on peut mixer des feuillages caducs et persistants.
Le nandina a un joli feuillage coloré toute l’année. Il peut s’associer à des graminées souples qui vont s’animer avec le vent. Pour les fleurs, on peut ajouter des lavandes ou diverses variétés de gauras. Le jardin ne doit pas suivre un effet de mode. Il est pensé pour durer dans le temps. Je n’imagine pas de jardin méditerranéen en Savoie, même si la réalité du climat nous rattrape. Un autre conseil est de multiplier les variétés. Cela permet, lors d’une maladie, d’éviter qu’un jardin entier ne soit anéanti. Un jardin moderne doit être chaleureux et pas trop compliqué à entretenir », détaille Claire Cholat.

DES VÉGÉTAUX ALPINS

« En montagne, on va tenir compte de la strate arbustive et végétative du lieu. Il faut vraiment regarder l’environnement général de la nature. Les végétaux choisis doivent résister aux intempéries et supporter le poids de la neige. Ceux qui se plaisent en altitude sont notamment le pinus montana, le pinus cembra, le mélèze… Pour les plantes caduques, il y a le bouleau, le sorbier des oiseaux,
la charmille, le hêtre, le sureau, le genévrier commun… Je pense aussi aux plantes à petits fruits (groseilles, myrtilles) et aux plantes tapissantes comme le rhododendron nain, la bruyère et la fougère pour les zones humides et ombragées », explique Sébastien Riondet.